Auteur Sujet: ELEVAGES UNE CATASTROPHE ECOLOGIQUE  (Lu 3648 fois)

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ELEVAGES UNE CATASTROPHE ECOLOGIQUE
« le: 23 juin 2006 à 08:39:31 »
http://www.lepoint.fr/sciences/document.html?did=180246
Elevages Une catastrophe écologique

Catastrophe ! Le monde mange de plus en plus de viande. L'élevage industriel émet des fleuves de polluants, fait disparaître des millions d'hectares de biodiversité, abrite des virus mortels et, surtout, accélère dangereusement la fièvre terrestre.

Frédéric Lewino

Pour sauver la planète, mangeons moins de viande ! L'élevage industriel qui se développe, surtout en Asie, entraîne un coût écologique de plus en plus insupportable. Ce qui amène plusieurs institutions, dont la Fao, à pousser un cri d'alarme.

On oublie que, pour fabriquer un poulet, un boeuf ou un mouton, il faut dépenser beaucoup d'énergie en chauffage, nourriture, transport, découpe de la viande, chaîne du froid... D'où un rejet important de gaz à effet de serre. Auxquels il faut ajouter le méthane émis par les ruminants. Pour le compte de l'Ademe, l'expert Jean-Marc Jancovici a chiffré la part du régime carnivore dans la fièvre terrestre. Stupéfiant ! Le kilo de viande de veau équivaut à un trajet automobile de 220 kilomètres ! L'agneau de lait : 180 kilomètres ! Le boeuf : 70 kilomètres ! Le porc : 30 kilomètres ! Et encore Jancovici n'a-t-il pas comptabilisé les apports carbonés de l'emballage, du déplacement du consommateur et de la cuisson. A titre de comparaison, la production de 1 kilo de blé ou de pommes de terre équivaut tout juste à un créneau en voiture.

Pour ne rien arranger, le cheptel mondial augmente au moins aussi vite que le parc automobile. Selon le plus récent décompte de la FAO, la planète abrite désormais 17 milliards de poulets, 1,8 milliard de moutons et de chèvres, 1,4 milliard de bovins, 1 milliard de cochons et 1 milliard de canards. Auxquels il faut ajouter les nombreuses autres espèces consommées : dindes, chameaux, poissons, chiens... Le monde devient, en effet, de plus en plus carnivore. Depuis les années 50, la consommation mon-diale de viande a quintuplé. Et même si elle stagne en Occident depuis une vingtaine d'années, elle s'envole dorénavant dans tous les pays émergents. Les Chinois et les Indiens ne se contentent plus de leur bol de riz ou de lentilles. Entre 1991 et 2002, les Chinois ont quadruplé leur régime carné et les Indiens l'ont doublé. Selon la Fao, en 2030, le tiers-monde consommera près des deux tiers de la viande mondiale. Il ne fait que suivre notre exemple avec un siècle de retard.

Mais les méfaits écologiques des élevages intensifs ne s'arrêtent pas à la fièvre planétaire. Le mal est plus profond. A commencer par l'artificialisation de la nature. Voilà longtemps que les animaux ne sont plus nourris avec de l'herbe ou des déchets. L'élevage industriel réclame des quantités astronomiques d'aliments qui monopolisent 29 % de la surface terrestre sous forme de pâturage et de cultures fourragères. Ainsi, le soja est cultivé à 90 % pour assurer l'alimentation animale. En quelques années, rien qu'au Brésil, en Argentine, au Paraguay et en Bolivie, cette culture s'est emparée de 40 millions d'hectares, surtout pour alimenter les bovins européens et chinois. Or les écologistes accusent cette extension de se faire le plus souvent au détriment de milieux naturels de grand intérêt, comme la savane arborée brésilienne, le Chaco argentin, la forêt chiquitana bolivienne. Depuis quelques années, c'est même la forêt amazonienne qui recule devant de nouvelles variétés de soja appréciant le climat tropical. En mangeant donc de la viande bien française, nous participons indirectement à la perte de la biodiversité amazonienne. Si encore cette nouvelle industrie enrichissait les petits paysans. Même pas. « Le boom du soja remplace les agriculteurs par des investisseurs financiers. Ils engrangent des bénéfices allant jusqu'à 50 % par an. Demain, ils s'en iront vers d'autres produits plus rentables, laissant derrière eux une catastrophe écologique et sociale », dénonce, dans La Revue durable, Marc Hufty, enseignant-chercheur à l'Institut universitaire d'études du développement (IUED) de Genève. Par ailleurs, fabriquer de la viande avec du soja est un gâchis protéique, puisqu'il faut 18 kilos de protéines végétales pour fabriquer 1 kilo de boeuf ! La planète serait donc bien mieux nourrie avec un régime végétarien.

C'est aussi l'élevage qui explique le succès du maïs, ce boit-sans-soif qui vide les nappes phréatiques et rend exsangues les rivières, ce consommateur d'engrais et de pesticides qui pollue l'air, le sol et l'eau. La Bretagne, qui élève un cheptel faramineux de porcs et de volailles, en sait quelque chose. « Il faudrait produire moins de viande, mieux entretenir le territoire et gérer les cycles biologiques », dit Christian Mouchet, professeur d'économie rurale à l'Agrocampus de Rennes. Importation de soja, excédents de céréales. « Le résultat est une agriculture non durable qui puise dans les ressources naturelles de façon quasi minière, économiquement inefficace et créatrice de déséquilibres territoriaux », ajoute-t-il. Quelques éleveurs tentent de faire marche arrière.

C'est pourtant cette voie bretonne peu recommandable qu'empruntent les pays émergents asiatiques. Le rivage de la mer de Chine se couvre d'élevages industriels de porcs et de volailles. Mais il y a pire que cette pollution. Depuis quelques années, la Fao s'inquiète de la cohabitation des grands centres urbains avec ces élevages géants. Le mélange est détonant. Hier, en Europe, la maladie de la vache folle a fait craindre le pire. Aujourd'hui, c'est la grippe aviaire. Lorsqu'il mutera défavorablement, le H5N1 provoquera des millions de morts dans la population humaine. Lui ou un autre. Les virus et microbes pathogènes abrités par les animaux d'élevage sont légion. « En cultivant en grande quantité des protéines (poulets, moutons...) identiques, on crée une sorte de réacteur biologique. Si un virus est adapté à un des animaux, il sera aussi adapté à tous les autres. Et l'élevage sera décimé », explique François Renaud, directeur du laboratoire Génétique et évolution des maladies infectieuses (CNRS-IRD). Louise O. Fresco, sous-directrice générale de la FAO, complète : « La nature transfrontière de ces maladies et leur capacité potentielle à franchir les barrières des espèces et à toucher l'homme constituent des enjeux sérieux. » Et de se rassurer : « La science peut faciliter un développement de l'élevage durable, équitable et sans danger, en innovant dans une vaste palette de secteurs. » Certes, la science peut tout, mais l'homme reste un fou. Comptons sur lui pour ne pas renoncer facilement à son bifteck ou à son poulet aux champignons noirs. La santé de son estomac lui importe davantage que celle de la planète. A moins d'une épidémie faisant des millions de morts...
© le point 22/06/06 - N°1762 - Page 68 - 1006 mots

bertrand

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ELEVAGES UNE CATASTROPHE ECOLOGIQUE
« Réponse #1 le: 23 juin 2006 à 09:43:46 »
ce genre d'article  me dérange car outre le fait qu'il tente de diviser les consommateurs, il a été employé depuis longtemps et n'a jamais prouvé la moindre efficacité.

    ce qui me semble important c'est de produire du qualifiable partout.

    Donc, par exemple, pourquoi les normes CODEX ne s'appliquent-elles que pour ce qui se vend à l'export et pas à toutes les productions ?

    c'est à mon avis ce genre de biais qui a permis et permet en x lieux de faire ce qui ne doit pas être ?

    De plus, c'est ce genre de biais qui permet des flous dans les législations car il ""faut"" permettre  de faire cohabiter le non qualifiable et le qualifiable, ce qui amène outre des surcoûts de contrôle, des accidents nombreux et variés.


amicalement

ps: si par exemple les chinois ont historiquement mangé peu de viande (mais ceci n'était pas volontaire) , qui peut se permettre de critiquer les évolutions  dues notamment au fruit de leur travail ?

   Ce qui me dérange moi, c'est qu'ils ont prie une partie des techniques d'élevage et de nos stratégies, sans mettre en place de vraies stratégies de sécurisation. Mais cela semble une habitude humaine. Les politiques,  créent  et ensuite il faut  essayer de donner une valeur et une crédibilité à cette création  ( exemple tampon européen).  C'est à mon sens pour limiter cette particularité humaine que la méthode H.A.C.C.P doit être généralisée, et être rendue obligatoire en tous lieux pour des activités d'une certaine technicité.

Hors ligne Gurkan

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« Réponse #2 le: 23 juin 2006 à 11:11:14 »
L'élevage industriel a une fonction, et un énorme mérite, c'est à dire de fournir une quantité suffisante de nourriture pour le plus grand nombre. Malheureusement, il y a encore des quantités de gens qui meurent de faim, et qui seraient sans doute content de manger du poulet industriel.
Et c'est tout le problème : au lieu de nourrir la planète, le système mondialisé actuel produit au plus bas coût, sans être capable de fournir suffisamment pour chacun. Dans les grands pays civilisés, l'encadrement sanitaire fournit une protection globalement  efficace pour le consommateur final. Cette protection réelle s'efface parfois devant les expériences des aventuriers du productivisme à faible coût, comme les scandales de la dioxine, de l'ESB, du beurre italien ont montré avec régularité en Europe. Ce risque sanitaire latent ne doit rien à la nature. Bien au contraire, se sont les pratiques contre nature, et contre toutes les lois de la morale, du respect des personnes et des animaux, qui sont la cause de ce que l'on appelle à tors des épizooties. La seule maladie en cause à un nom: la rapacité inimaginable de certains industriels, et un prénom, la faiblesse inexcusable des pouvoirs Etatiques chargés du contrôle sanitaire des pratiques agro - industrielles. L'histoire du H5N1 n'est qu'un nouvel avatar de ce dialogue malsain entre le productivisme et le contrôle. Malsain, parce que les données du problème sont connues depuis longtemps, et que cette crise aurait pu être évité, comme les précédentes...  Malsain, parce qu'il semble que certains Etats s'accommodent parfaitement d'un tau de perte dans la population civile, variable en fonction des exigences démocratiques ou médiatiques. Malsain, dégoûtant même, parce que le progrès permet de produire dans d'excellentes conditions sanitaires, en respectant aussi les animaux qui nous nourrissent, et qu'il n'y a aucune excuse d'aucune sorte d'aboutir à un résultat aussi lamentable quand on peut faire aussi bien.
En conclusion, il faut que les organismes de contrôle reprennent la main sur les industriels, et que la pénalisation effective (la prison), coûteuse et conséquente de dérives qui entraînent le monde vers un désastre dissuade pour l'avenir les dirigeants et les acteurs de ces groupes industriels de faire de l'argent en semant les germes de la misère, de la souffrance, de la mort.

Hors ligne niceam

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ELEVAGES UNE CATASTROPHE ECOLOGIQUE
« Réponse #3 le: 23 juin 2006 à 12:55:26 »
J'aimerais quand même savoir comment des élevages bio sécurisés dans nos pays occidentaux (en France, aux PaysBas, etc) ont pu être contaminés ?
Y a forcément des failles...comme tu le rappelles, ESB, dioxine et autres -
en ce qui concerne les pays en voie de développement, c'est vrai que l'élevage industriel pourrait être une solution à la famine, mais quel est le prix à payer ? atteinte de l'environnement, avec pollutions diverses (eau, engrais dont on ne sait que faire etc), animaux fragilisés, mainmise par les grands groupes agroalimentaires internationaux, dont la politique est d'arriver à la suppression des petits élevages traditionnels à leur profit exclusif (voir le Vietnam) et surtout, on le voit aujourd'hui, émergence de nouveaux virus.

bertrand

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ELEVAGES UNE CATASTROPHE ECOLOGIQUE
« Réponse #4 le: 23 juin 2006 à 16:48:59 »
vaste sujet : ici l'on parle d'influenza. Pour ce point la réponse est simple les élevages européens se sont constitués en partant du principe qu'ils n'étaient dépendant que des conditions locales, les crises influenza montrent qu'il va désormais falloir tenir compte de la situation des autres.
 Cela fait un moment qu'il a été indiqué que les localisations doivent tenir compte par exemple des flux migratoires animaux et humains (voir fièvre aphteuse dossier efsa douane), ect .
 il a été aussi indiqué que les unités porcines et aviaires devraient être plus séparées physiquement . Ce sont donc des nouvelles donnes auxqu'elles on a cru pouvoir échapper et qui vont être prises en compte progressivement .

le niveau de sécurité d'un pays me semble devoir être plus regardé non pas sur le fait que des cas adviennent, mais surtout par la capacité à les maitriser et dans quel délai. Ce qui en pratique signifie que j'aimerai bien le classement des pays en fonction de la durée des crises. En France cette année, il y a certes eu des problèmes ( pas que influenza d'ailleurs), mais aussi des solutions et des résultats prouvables aux tiers.

amicalement

ps: les projets d'industrialisation pour nourrir le monde ont démontré depuis bien longtemps leur manque de fondement, en revanche, nous manquons d'industrialisation durable: un exemple les américains ont démontré la possibilité d'augmenter de 10 dollars le revenu par porc charcutier en transformant le lisier en pétrole, on commence quand ? et pourquoi ne le faire qu'avec du lisier de porc ?
je pose ces questions, car cette forme d'industrialisation est un bon moyen de sécuriser x dangers. L'agriculture a besoin d'une certaine forme d'industrialisation, et vouloir opposer ces deux types d'activité, n'apportera rien. Il hautement préférable de les associer intelligemment.