Auteur Sujet: Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise  (Lu 12066 fois)

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #60 le: 12 octobre 2012 à 17:08:24 »
http://www.jim.fr/en_direct/pro_societe/e-docs/00/02/0E/88/document_actu_pro.phtml

Des chercheurs étrangers prennent la défense de Gilles-Eric Séralini

Publié le 12/10/2012           

 Paris, le vendredi 12 octobre 2012 - Alors que de nombreuses critiques ont fusé à l’encontre des travaux du professeur Gilles-Eric Séralini (université de Caen) évoquant une possible toxicité d’un OGM chez le rat, le site américain d’information « Independent Science News » a publié une lettre ouverte de soutien au biologiste français.

Sept chercheurs sont à l’origine de cette « tribune » également signée par vingt autres scientifiques « internationaux ».
Sans revenir sur les critiques scientifiques et techniques formulées à l’encontre de l’étude qui a fait grand bruit, ils voient principalement dans cette affaire la démonstration des « difficultés fondamentales qui se posent à la science dans un monde de plus en plus dominé par l'influence des grandes sociétés ».

Jim.fr Journal International de Medecine.

Hors ligne anne

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #61 le: 12 octobre 2012 à 19:08:36 »
on peut etre d'accord sur le fond, mais pas sur la forme..

Hors ligne anne

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #62 le: 18 octobre 2012 à 13:56:36 »
 :) :) :)

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1939

Requiem pour trois rats morts prématurément

par Alain de Weck

On ne considère plus guère les scientifiques comme des savants. C’est légitime, ils ne savent pas grand chose. Un groupe de jeunes scientifiques français a rapporté récemment qu’une alimentation par maïs transgénique OGM cause chez le rat des tumeurs et une mortalité prématurée, si l’on est suffisamment patient pour attendre deux ans, la durée moyenne de la vie d’un rat. Cette affirmation est basée sur deux groupes de dix rats. Cinq rats nourris au maïs OGM sont morts prématurément alors que seuls deux ou trois sont morts parmi les dix rats contrôles nourris par un maïs normal. Dans les dix autres groupes nourris par maïs OGM, la mortalité a été soit d’un rat supérieure, soit égale, soit même inférieure au contrôle. Tout se joue donc sur trois rats, qui ont eu la malchance d’être là au mauvais moment.

Cette différence a suffi aux auteurs de l’étude pour emboucher les trompettes de Jéricho, ameuter la grande presse et s’en prendre au reste du monde qui ne les avait jusqu’ici pas pris au sérieux. Les scientifiques du reste du monde ont beau objecter que trois rats, ce n’est pas grand chose, et que dans le contexte, les résultats sont probablement le jeu du hasard. Ils ont eu aussi beau rappeler que ces résultats vont à l’encontre d’une évidence expérimentale négative dont les dossiers remplissent un immeuble de quatre étages. Rien n’y fera. L’angoisse s’est installée dans les chaumières et on va s’en occuper en haut lieu.

Ce samedi se rencontraient à l’Élysée, toutes affaires cessantes, les ministres de l’agriculture, de la santé et de l’environnement, peut-être aussi le Premier Ministre et le Président de la République, pour discuter de nos trois rats. On envisage des mesures d’urgence à proposer, si ce n’est imposer, aux partenaires européens. Décidément, la France joue toujours son rôle de phare intellectuel : après la rationalité de Descartes, la défense des droits de l’homme et de multiples découvertes, voici venir l’ère de l’hystérie collective et des fantasmes d’une nouvelle science verte. Pendant ce temps, le ministre américain de la santé dort sur ses deux oreilles. Ses concitoyens gavés de maïs OGM depuis dix ans se portent comme un charme. Leur durée de vie s’allonge plus vite que celles des Français et le maïs les fait engraisser.

L’histoire se souviendra des trois rats de Caen ; ils sont les premiers rats de laboratoire à avoir droit à des funérailles nationales et ils ne sont pas morts en vain.
Écrit le 08-10-2012
Mis en ligne le 12 octobre 2012


Hors ligne anne

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #63 le: 18 octobre 2012 à 14:00:31 »
je ne comprends pas pourquoi séralini et all disent qu'ils sont les premiers à avoir fait une étude long terme sur les rats nourris OGM, alors que de telles études ont deja été faites ( et sur plusieurs générations de rats ) et de plus par des labos PUBLICS ?
quelqu'un sait il ?

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-pas-d-effet-a-long-terme-92356951.html

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #64 le: 18 octobre 2012 à 15:05:26 »
Apparemment, ils diraient qu'il s'agit d'une première à L.T, non pas sur les rats mais sur ce type de mais.

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #65 le: 18 octobre 2012 à 15:08:45 »
Précédemment, on parlait des différents OGM ;
Il y a aussi les OGM ACTUELS = qui cassent les barrières naturelles d'espèces biologiques:
 (en prenant une information de telle ou telle espèce et en l' ajoutant à une autre déjà  prise sur une autre espèce et en réimplantant le tout dans tel ou tel organisme...)
« Modifié: 18 octobre 2012 à 15:11:04 par FREDE »

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #66 le: 18 octobre 2012 à 19:05:29 »
je ne vois pas ce mais Nk 603 dans les 24 études sus citées... mais bien du riz, du soja, d'autres mais..

pour moi un OGM est un transgéne..
issu d'affreux bidouillages en labo ( je plaisante )
ce résumé dit que les transgénes posent moins de problémes que les "croisements conventionnels"
ah, je ne voyais pas les choses comme cela.
 ;)

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-omic-68004123.html

Les nouvelles techniques d’analyses appelées transcriptomique, protéomique et métabolomique visent à visualiser, respectivement, l’expression de tous les gènes (transcrits), toutes les protéines et tous les petits composés chimiques (métabolites) présents dans un organisme ou une partie de l’organisme. Ces techniques « omiques » ont été récemment utilisées pour l’analyse des plantes génétiquement modifiées (PGM) (transgéniques) quant à leur sécurité sanitaire et leur équivalence nutritionnelle. Dans un article scientifique récent, nous avons passé en revue 44 publications décrivant des comparaisons « omiques » de PGM avec des lignées non-GM de référence.


Toutes les trois approches « omiques » concluent de manière convergente :

-la transgénèse a moins d’impact sur l’expression des gènes ou sur les niveaux de protéines ou de métabolites que la variabilité générée par l’amélioration conventionnelle des plantes (qui est généralement considérée comme sûre) dans les variétés déjà existantes.


-les changements naturels de l’environnement (d’un champ à l’autre par exemple) ont généralement un impact plus prononcé que la transgénèse.
[/b]
-aucune des publications sur les évaluations de type « omique » ne conclut à des inquiétudes quant à la sécurité sanitaire des PGM mises sur le marché.

 

Implications

-Ces méthodologies à grande échelle confirment, en appoint et indépendamment, la sécurité sanitaire des aliments dérivés de PGM.

-La connaissance scientifique générée indique que le poids réglementaire pesant sur les PGM devrait être réduit.

-Leur intégration systématique dans les processus d’évaluation réglementaire avant mise sur le marché ne peut être recommandée en l’état, car ce sont aujourd’hui des outils de recherche fondamentale et non d’analyse de routine.
« Modifié: 18 octobre 2012 à 19:09:29 par anne »

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #67 le: 21 novembre 2012 à 14:55:29 »
ce qu'il s'est passé avec cette " étude", le tapage de la presse ( littéraire mais non scientifique en général ) est trés mauvais pour la science en général


Les vieux rats américains nourris aux OGM se portent comme un charme

à propos des " rats OGM" ..dont on nous a  rabattu les oreilles.
l'article entier est la.. http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1948



25/10/2012

par Alain de Weck

Les controverses scientifiques ne sont pas une nouveauté mais ce qu’il faudra bien désormais citer comme « l’affaire Séralini » est certainement unique. En l’espace de quatre semaines, un article scientifique publié dans une bonne revue à comité de lecture a tout d’abord, suite à une campagne médiatique organisée par ses auteurs, attiré l’attention du monde entier et ravivé une peur irrationnelle des aliments OGM dans l’opinion publique. En cinquante ans de vie scientifique professionnelle, je ne me souviens pas de l’utilisation si bien orchestrée d’une publication prétendue scientifique à des fins sociologiques ou politiques.

Et pourtant, il n’était pas besoin d’être grand clerc pour s’apercevoir en quelques minutes que l’œuf était pourri et se demander comment une revue scientifique sérieuse avait pu laisser passer un tel article [1,8]. Entre les critiques individuelles de chercheurs professionnels ou de quelques (rares) journalistes scientifiques et les articles de soutien par militants anti-OGM et politiciens, qui, pour la plupart, n’avaient pas lu ni analysé l’article original, il s’est ensuivi une période de grande confusion où les internautes de tout poil s’en sont donné à cœur joie.

Enfin, depuis une semaine, la baudruche s’est dégonflée et l’heure de vérité a sonné. Là aussi, c’est une première. Jamais la condamnation d’un travail scientifique par différents groupes officiels d’experts nationaux et internationaux n’aura-t-elle été aussi unanime et aussi rapide [2-7]1.

Il est donc inutile de revenir en détail sur les multiples critiques selon lesquelles Séralini et al. ont commis ce qui est en science un péché capital : tirer sciemment des conclusions tendancieuses de données sélectionnées. Sur un plan strictement scientifique, l’affaire est liquidée. Selon les critiques anglo-saxons, l’étude Séralini est un « scientific non event » ou « plain rubbish » (nullité, camelote, ânerie) [8].

plus loin : /...../
 comment motiver de jeunes chercheurs à sacrifier trois à quatre ans de leur carrière scientifique pour un projet dont on sait à l’avance que l’issue sera négative (voir ci-dessous) tout en étant refusée par principe par la mouvance anti-OGM ?
( on ne peut pas forcer de jeunes chercheurs à faire une étude inutile, longue, chére, alors que l'on en connait deja la fin...)

une alternative intelligente serait de voir ce qu'il est arrivé aux vieux rats de labo déja nourris aux OGM

 il existe déjà une population américaine dont l’alimentation , en particulier OGM, est strictement contrôlée et le suivi clinique assuré par des professionnels.


Ce sont en fait les rats de laboratoire, en particulier les vieux rats utilisés dans de nombreuses études sur le vieillissement [9]. Aux USA, le mais ou le soja utilisés pour l’alimentation des rats est depuis 10 ans essentiellement OGM. En Europe, ce n’est pas le cas [8]. Les deux plus grands laboratoire produisant des rats d’élevage aux USA et en Europe, Harlan [9] et Charles River [10] utilisent les mêmes protocoles d’élevage et de suivi et il suffirait donc de comparer les données avec le type d’alimentation pour pouvoir répondre à la seule question importante : l’alimentation OGM à long terme a-t-elle un effet pathologique ?

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #68 le: 21 novembre 2012 à 14:59:07 »
j'espére que " l'étude" ne sera pas refaite... j'avais pensé en terme d'argent, mais non en terme d' ennui pour les jeunes chercheurs obligés de tout refaire..
équivalent à les envoyer au bagne.... >:(

lu encore ailleurs sur le blog d'un agronome du CNRS que les transgénes ( les affreux bidouillages en labo qui font si peur aux gens ) sont moins " dangereux" que les mutations " naturelles" obtenues par selection " naturele" ou par croisement..

cela se tient.

Hors ligne Joyce31

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #69 le: 22 novembre 2012 à 10:03:30 »
ha, dommage... j'ai lu il y a trois ou quatre jours un article qui disait que le pr en question était payé ou avait été payé peu avant par une société qui luttait contre les OGM... car elle vendait des semences plus ou moins bio et qu'elle donnait du fric aux assoc anti-ogm pour qu'elles fassent du ramdam.... cela arrange ses petits papiers, bien sûr....j'ai lu cela sur un site qui donne des recettes écologiques...

zut alors, j'aurais du récupérer l'article!

 :-[     ha que je suis nulle et archi nulle!

mais comme on a fait ce file avec tout un tas d'infos qui disent que c'était des recherches bidons, je me suis dit que y'en avait assez sans que j'en rajoute

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #70 le: 22 novembre 2012 à 11:44:26 »
Oui, d'ailleurs plus  "concrètement" :voici l'intervention du mathématicien Cédric Villani lors de l'audition de l'Assemblée Nationale sur l'affaire Séralini.

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/11/affaire-séralini-une-audition-à-lassemblée-nationale-2.html

Affaire Séralini: une audition à l'Assemblée Nationale
21 novembre 2012

Voici l'intervention du mathématicien Cédric Villani lors de l'audition de l'Assemblée Nationale sur l'affaire Séralini. Il est aussi possible d'écouter la vidéo chapîtrée de cette audition très intéressante. Ce texte m'a été transmis par Cédric Villani (ici pour l'écouter).

«Je remercie l’OPECST d’organiser ce débat passionnant et aussi serein que possible autour de l’étude du Professeur Séralini.

Pour clarifier mon intervention, je précise que je n’interviens bien sûr pas en tant qu’expert sur l’étude elle-même, qui est hors de mon champ de spécialité; le débat de spécialistes a été abordé lors de la précédente table ronde. Sur les aspects mathématiques, le professeur Deheuvels ici présent, ou le professeur Lavielle, qui a participé à l’élaboration de l’avis du HCB, ici présent également, sont bien plus aguerris que moi, et d’ailleurs d’opinions contradictoires comme vous avez pu l’entendre.

Mon intervention sera celle d’un scientifique extérieur au débat, très intéressé par la question de la communication de la science. Une communication que j’ai eu l’occasion de pratiquer depuis des années a l’écrit et a l’oral, par des interventions ou conférences-débats publiques, devant un total de plusieurs dizaines de milliers de jeunes et de citoyens. Dans ces occasions, on retrouve régulièrement les problèmes d’éthique scientifique, et les rapports entre science et citoyen.

M. Séralini l’a bien dit, quand on intervient dans un débat sur des questions vitales pour la société, il est important de déclarer ses conflits d’intérêt, et même ses convictions personnelles ou politiques si elles peuvent influencer consciemment ou inconsciemment le jugement.

Un exemple que j’évoque souvent pour les jeunes lycéens est la controverse historique entre Lord Kelvin et Charles Darwin sur l’âge de la Terre, ou Kelvin, le meilleur physicien de son temps, a été en partie induit en erreur sur une question scientifique par ses convictions religieuses en contradiction avec la théorie de l’évolution.

Je vais donc faire exactement comme M. Séralini l’a proposé, et déclarer mes propres convictions personnelles relatives à l’emploi des OGM : en tant que citoyen je pense qu’il y a un laxisme inacceptable des gouvernements des pays développés concernant l’usage des OGM.

Si je ne suis pas choqué sur le principe du développement de nouvelles espèces vivantes, pratique depuis des millénaires par des techniques autres que la bio-ingenierie, en revanche je trouve monstrueuse l’idée des brevets sur les espèces vivantes; je trouve aberrant, du point de vue environnemental, le principe même des plantes génétiquement modifiées pour être résistantes aux pesticides; et je pense que le modèle économique et social induit à travers le monde par les plantes génétiquement modifiées est souvent inacceptable pour les agriculteurs. Ce sont mes convictions personnelles.

Avec une telle prédisposition, je ne cacherai pas que j’étais plutôt agréablement surpris quand j’ai entendu parler des résultats de l’équipe Séralini. Je me suis senti d’autant plus déçu, pour ne pas dire trahi, quand j’ai pris conscience, apres lecture et discussions avec des experts, à quel point cette annonce impliquait ce qui me semble être - je le dis sans animosité - des brèches *graves* de déontologie scientifique, avec trois conséquences inacceptables : un effilochage des liens de confiance entre les scientifiques et la société; la fragilisation du lien de confiance entre les scientifiques eux-mêmes; et accessoirement le risque, par effet boomerang, de desservir la cause pour laquelle les auteurs de l’étude luttent.

 Pour être juste je dois ajouter que dans le reste de la communauté scientifique, oppose à l’étude, nous avons assisté aussi bien à certains comportements irréprochables qu’à certains comportements qui vus de l’extérieur sont absolument incompréhensibles de la part de scientifiques. Michel Alberganti en a déjà parle : on est sortis de la science.

Je vais prendre quelques minutes pour développer ces points.

Une des questions les plus subtiles et les plus importantes qu’un scientifique doit expliquer aux citoyens, est le rôle du doute et de la confiance. Le doute ne veut pas forcément dire l’incompétence, au contraire c’est une qualité fondamentale du scientifique et du citoyen, et par le passe on a vu de grandes catastrophes sociétales causées par l’application aveugle d’outils technologiques ou scientifiques puissants.

La science avance par débats et confrontations d’idées, et nous ne pouvons jamais, au sens strict, être SURS de notre attitude. Au reste, les controverses, surprises, coups de théâtre, ruptures de consensus font toute la grandeur de l’histoire des sciences, avec quelques exemples célèbres; Monsieur Deheuvels vous avez cité Wegener et la dérive des continents, on pourrait aussi mentionner Semmelweis découvrant l’hygiène et se battant contre l’incrédulité de ses collègues, ou Planck, qui ne croyait pas vraiment lui-même à son hypothèse des quanta. On pourrait multiplier les exemples !

 A l’inverse, il est arrivé régulièrement que des scientifiques couronnés, parfois les meilleurs de leur temps et de leur spécialité, défendent des arguments qui se sont avérés radicalement faux. On pense là encore à Lord Kelvin, ou bien à Marcelin Berthelot qui s’obstinait à nier l’existence des atomes.

Quand tout va bien, finalement un consensus finit par émerger, et la science a avancé là ou les humains ont erré.
A quel moment la science passe du doute à la conviction, et pourquoi, c’est dur à quantifier, ce n’est pas le fait d’un individu, si expert soit-il, ce n’est pas forcément l’opinion dominante qui compte, à un moment un consensus se dégage et suffisamment d’éléments différents viennent corroborer une théorie pour qu’on l’accepte, avec une très forte majorité disons, et un jour il faut sentir quand vient le moment de prendre position et de mettre le doute de cote.

 Comme le disait Henri Poincaré, «Douter de tout, ou tout croire, sont deux attitudes également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir.»

Pour aller vers le consensus nous avons deux outils, (1) le partage sincère des informations, (2) le débat argumenté. Dans le cas présent, nous n’avons vu ni l’un ni l’autre. Données brutes déposées chez huissier; excusez-moi, c’est bien la première fois que j’entends parler d’une telle pratique. On dit qu’il y a de mauvaises pratiques de l’autre côté, mais je ne pense pas que l’on puisse utiliser les mauvaises pratiques des adversaires pour justifier ses propres mauvaises pratiques.

Ici c’est aux pouvoirs publics d’intervenir pour ramener les protagonistes à la raison. J’ai même trouvé d’une ironie mordante que le HCB soit à même de rappeler au Professeur Séralini la charte éthique proposée par Elsevier : Elsevier est un éditeur qui est considéré dans certains cercles comme un modèle d’immoralité; alors, se dire qu’un scientifique ne respecte même pas la charte proposée par Elsevier, pour mes collègues, semblera extravagant.

Quant au débat argumenté, il est bien sûr nécessaire : on sait bien que la publication d’un article en revue à comité de lecture n’est pas une garantie d’exactitude, mais cette publication garantit un certain standard, la validation par quelques pairs, qui permet de lancer la discussion, l’examen critique. D’ailleurs, comme certains l’ont noté, dans le même numéro de FCT que l’étude Séralini, est parue une autre étude, essentiellement sur le même problème, acceptée avec les mêmes standards, et aboutissant à des conclusions opposées, ce qui pose question et montre bien qu’il faut débat.

Le HCB, officiellement saisi par le gouvernement, a examiné l’étude Séralini, et émis un certain nombre de critiques. Vous les avez entendues. Au niveau statistique, par exemple, trois points ont été mis en avant : manque de puissance du test du au trop faible effectif des échantillons, qui met toute l’étude à la merci d’une déviation statistique sur l’échantillon témoin.

Ce qui est intéressant, c’est que l’argument est suffisamment simple pour être expliqué à un grand public, et cela a été fait : si je simplifie : avec deux échantillons témoins de seulement 10 rats, il suffit que par accident quelques-uns de ces rats vivent en bonne santé plus longtemps que prévu, et toute l’étude sera faussée.

Il y avait une deuxième contestation sur le calcul des espérances de vie, et une sur la multiplication a priori des tests, augmentant les chances de considérer comme significative une variation qui sera due a une fluctuation sur l’ensemble des résultats.

Est-ce que ces trois objections du HCB sont valables ou pas, ce n’est pas mon rôle aujourd’hui de le dire, je vais juste dire qu’elles ont été présentées publiquement et posément; d’ailleurs sur les espaces de discussion électroniques publics entre mathématiciens, on a pu voir qu’elles ont convaincu même ceux qui étaient a priori très critiques sur l’avis du HCB.
 S’il y a une réponse il est important de la publier et de continuer le débat argumenté. Tout à l’heure le professeur Deheuvels a entamé une réponse, je l’encourage vivement à continuer cette discussion publiquement, argument par argument. Il est vrai qu’il y parfois controverse, mais on est tenu d’y répondre publiquement et de manière argumentée.

On a avancé que l’étude Séralini permet de mettre en évidence la non-significativité des études précédentes, dont le HCB a bien dit qu’il y a effectivement un manque de puissance choquant. Mais si le professeur Séralini a voulu discréditer le domaine de publication, en pointant des dérives ou un laisser-aller dans les habitudes, alors il aurait fallu être bien plus clair dans l’annonce.

Dans un autre contexte, moins tendu, on se souvient de la manœuvre utilisée par Bricmont-Sokal pour décrédibiliser une certaine littérature philosophique en publiant dans une revue prestigieuse un article déraisonnable, qu’ils ont tout de suite présenté comme un canular.

Dans le cas actuel, il n’en a rien été : l’étude Séralini a été présentée comme très solide, y compris aux médias. Et c’est certainement là qu’est le problème principal. Jusqu’ici j’ai parlé de débats entre scientifiques, mais l’implication forte des médias a déstabilisé le débat.

Je suis d’autant plus consterné de cette dérive qu’il s’agissait d’un débat très intéressant pour public, en ce qu’il illustre la pluridisciplinarité de l’expertise, et le rôle des sciences mathématiques, en relation avec d’autres sciences, dans des débats cruciaux pour notre société.

 Aujourd’hui nous parlons d’OGM, mais d’autres jours cela pourra être la finance mondiale, les campagnes de vaccination, le réchauffement climatique, la politique démographique, tous sujets sur lesquels des modèles mathématiques jouent un rôle important, en interaction avec d’autres sciences. Même sur un thème comme l’adoption par les couples homosexuels, une partie du débat se fait, a tort ou a raison, par discussion sur des statistiques, dont la significativité éventuelle est aussi une question mathématique.

Sur toutes ces questions, il est nécessaire d’établir une expertise conjointe de spécialistes de différents bords. Ce dialogue entre sciences est fascinant et important pour toute la société. Mais ce message a été absent de la communication grand public. Ce que l’on a vu finalement ce fut les gros titres des journaux avec un message en une «Les OGM sont des poisons».

A la décharge de l’équipe Séralini, ce n’était pas la première fois qu’on voyait de telles choses, il y a 3 ans c’était en première page d’un grand quotidien, une annonce tout aussi péremptoire,«Le mais OGM est sans danger pour l’homme», et avec une base qui vue de l’extérieur, et d’apres mes amis statisticiens, ne semble pas plus solide.

Il est bon d’impliquer le public dans les grandes aventures actuelles de la science, de le tenir au courant, de l’informer, mais quand il s’agit d’affaires controversées médiatiques et sans consensus, cela demande un grand doigte, sinon les risques de dérapage incontrôlé sont très grands.

A titre d’exemple, rappelons-nous qu’il y a exactement un an, une autre controverse s’invitait dans les premières pages des journaux grand public : c’était les neutrinos ultrarapides du CERN, censés se déplacer plus vite que la lumière. Dans leur communiqué, le responsable indiquait «ces mesures SEMBLENT INDIQUER que les neutrinos voyagent plus vite que la lumière.»
On est loin du «clearly demonstrate» que l’on trouve dans l’article présenté par GES. Et puis, dans son communiqué, l’équipe du CERN ajoutait à juste titre «Lorsqu’une collaboration fait une observation aussi inattendue, sans pouvoir l’interpréter, l’éthique de la Science demande que les résultats soient rendus publics auprès d’une plus large communauté, afin que ceux-ci soient examinés et pour encourager des expériences indépendantes. […]
C’est la raison pour laquelle nous envoyons aujourd’hui aux médias un communiqué formulé avec prudence.» Notre collègue physicien Alain Aspect disait alors «c’est l’occasion de montrer au grand public comment fonctionne la science.»
Mais malgré ces précautions, l’occasion a été ratée; l’implication médiatique a déstabilisé le système. Pour une partie des médias, le doute a été change en certitude sensationnaliste, sur le thème «Einstein s’est trompé», et le mouvement a débordé les scientifiques.

Quand finalement il est devenu clair que les résultats du CERN résultaient d’une erreur d’expérimentation, cela a été quasiment passe sous silence, certains des chercheurs impliques ont vécu l’affaire comme une humiliation; la réaction salutaire de la communauté n’a pas été vraiment remarquée. Cette expérience nous rappelle combien il est dangereux de communiquer prématurément au grand public.

Il y a une différence majeure entre la question des neutrinos rapides et celle du potentiel cancérigène des OGM : si la question des neutrinos est en premier lieu une question théorique, celle des OGM est une affaire de santé publique, avec des enjeux monétaires considérables.
On peut argumenter que cela justifie des pratiques différentes, mais j’aimerais argumenter au contraire que cela nécessite encore plus de prudence dans la mise sur la place publique et l’affûtage des arguments, sous peine de rendre les débats encore plus passionnels.

Or l’affûtage des arguments scientifiques, la discussion sur le fond, nous n’en avons rien vu, en revanche nous avons vu des couvertures sensationnelles, des photos - excusez-moi, j’ai été choqué - des photos de tumeurs parlant directement aux émotions, l’impression que les scientifiques sont des gens incapables de discuter entre eux puisqu’ils en viennent a communiquer par presse interposée.

Nous avons vu deux pétitions, signées par des scientifiques a priori respectables, l’une sur le site du CNRS, l’autre dans Le Monde. Sur le site du CNRS, une pétition avec une attaque sur les convictions profondes des adversaires, honnêtement je ne comprends pas comment on peut faire cela.

De la même façon que je ne peux pas comprendre les termes violents utilisés dans la pétition qui est parue dans Le Monde et le peu de cas qui y est fait de l’avis du HCB. Nous avons vu des batailles de chiffres - ma pétition a recueilli tant de signatures, la mienne en a eu tant -, et à ma grande horreur, dans chacune des listes je retrouve des amis que j’estime. Je ne leur trouve aucune excuse.

Franchement, je crois que ce débat ne fait que décrédibiliser les scientifiques, et je ne trouve pas d’excuse aux membres des différents bords. Et on n’a pas le droit d’utiliser de mauvaises pratiques pour combattre de mauvaises pratiques.

Je finis avec ma casquette de citoyen, je vois une autre conséquence, qui à titre personnel me chagrine beaucoup, c’est que le caractère spectaculaire de cette étude a focalisé le débat sur le pouvoir cancérigène des OGM, au détriment de tous les autres éléments, sociaux, économiques et éthiques, du débat sur les OGM, qui pour la société doivent aussi être abordés très sérieusement.»

Hors ligne anne

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #71 le: 22 novembre 2012 à 13:16:44 »
oui, j'ai bien aimé son intervention...

c'est clair, posé..
le " public" ne sait plus à qui se vouer, et ce n'est pas ce genre de mauvaise publication, entourée de show et de pub, qui va donner du respect pour la " science".
avant d'avoir lu des morceaux de l'étude, j'étais assez contente ( ah chic, des nouvelles des OGM ) ... aprés avoir lu, j'étais désenchantée et en colére...je ne vois pas à quoi cela sert de perdre du temps et de l'argent à faire une étude qui ne permet aucune avancée..
ajoutons le fait de surfer sur la peur des OGM, d'avoir discrédité la science et le compte est bon ...

pour ma part, je me méfierais désormais de tous ces gens la... ( en particulier les organismes commencant par CRI... )
c'est fini.. je les mets tous dans le meme panier, alors qu'à l'origine, je me disais que peut etre, cela valait le coup d'entendre leurs arguments, qu'ils avaient probablement un regard neuf sur certains sujets..


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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #72 le: 22 novembre 2012 à 13:33:57 »
on peut se demander pourquoi les médias ont amplifié un seul article de Food and Chemical Toxicology alors que dans le même numéro un autre article avait une thèse inverse...

Hors ligne anne

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #73 le: 22 novembre 2012 à 14:15:31 »
oui.. mais nous commençons à connaitre notre presse, non ?  assez orientée, qui croit avoir un role important :)

ou notre mentalité francais polémiqueuse, peu scientifique, tournant en rond, aimant se faire peur avec du vent...


"les OGM, c'est le MAL absolu... oui, oui...tremblez braves gens " :D

cf les vaccins, les adjuvants.. etc..meme plus peur..

j'ai lu recemment un article sur OGM, séralini et cie... bien.. le journaliste, vu ses éloges et les termes employés n'avait pas compris qu'il fallait plutot ne pas en parler

« Modifié: 22 novembre 2012 à 14:17:23 par anne »

Hors ligne Joyce31

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Re : Maïs NK 603 et les rats : la polémique francaise
« Réponse #74 le: 22 novembre 2012 à 17:21:40 »
et les gaz de chiste, le mal encore pire!

sauf que, ces gaz, y'a butane, propane et aussi azote

40 000 puits forés aux USA; déjà 600 000 emplois nouveau

et des dizaines d'usines de retraitement, parmi lesquelles des usines FRANCAISES qui embauchent les amerloques et pas les français... et des labo français qui installent des usines et autres labos à cause de l'azote....

vive la grande intelligence française !!!!  >:(