Auteur Sujet: analyse de ZOUZOU sur l'EPIZOOTIE du NIGERIA  (Lu 5504 fois)

Hors ligne alan-sahara

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analyse de ZOUZOU sur l'EPIZOOTIE du NIGERIA
« Réponse #15 le: 15 février 2006 à 23:02:43 »
Citation de: "Febronio"
Mes souvenirs ont 10 ans déjà, mais imaginez un marché comme ceux qu'on connait en France ajoutez un tas d'immondis tout les 4 ou 5 étals, un sol garnis de nid de poules remplis d'eau croupi et, pour les viandes, une ruelle perpendiculaire plus étroite pour un peu (si peu) plus de fraïcheur et d'ombre. A l'entrée de la ruelle, surveillant leurs filles vendeuses de "bedoums", quelques mamas, bien rondes et joviales, qui discutent entre voisines et qui n'hésitent pas déconseiller les rares touristes un peu trop pâle (comme ma copine et moi) de s'engager dans cette ruelle là.
J'ai trouvé une photo illustrant bien mon propos, je ne sais pas qui l'a prise, mais il s'agit de "Mont Bouet" les plus grand marché de Libreville au Gabon :
http://homepage.mac.com/nbarrett/.Pictures/Bea/Libreville.jpg
Je vais fouiller dans mes vieilles photos persos pour voir si par hasard je n'en ai pas de Mont Bouet.
C'est qu'une partie du marché, il y a pire et il y a mieux. Mais en ce qui concerne les équipements réfrigérants, est-il nécessaire de préciser que si on peut difficilement en trouver, ils sont rarement branchés. C'est pourquoi, en dehors du problème de G.A., les animaux vivants sont plus sûrs (et plus chers) que la viande au détail.

Pour autant, pas de misérabilisme déplacé, les choses sont plus complexes qu'elles n'y paraissent. Il y'a aussi des supermarchés, le "M'bolo" de Libreville par exemple, aussi grand mais moins bien achalandé que les nôtres et plus chers que les marchés. On y trouve des produits, principalement importés, de partout.

Enfin, les marchés rarement contrôlés permettent aussi d'écouler les marchandises douteuses, contrefaçons (montres, textiles, médicaments, cassettes audio...), viandes de brousse (je vous conseille le python, l'impala et le requin, avec la boite d'Imocel que vous aurez emportée de France, je vous déconseille le croco au gout de savon et la tortue).


Le Nigéria n'a pour l'instant pas pu ou voulu fermer ses marchés. Pour comprendre, il faut savoir que ces marchés sont nécessaires à l'économie locale et nourrissent de nombreux Nigérian. Fermer les marchés reviendrait à affamer une partie de la population et provoquer des émeutes. N'oublions pas que ce genre de pays sont politiquement très fragiles. Peut être que par la suite, on se rendra compte que les marchés ont contaminés beaucoup de monde, mais ce n'est pas si sûr et ça doit être un risque acceptable pour le gouvernement. Scandaleux ou pas, entre affamer une population pauvre et avoir une dizaine, une centaine de contamination, le choix est fait. D'autant, que vu l'importance du marché informel, fermer un marcher aboutirait à en ouvrir d'autres encore plus clandestins.

Febronio


Je ne peux que te rejoindre, mes souvenirs au Nigéria, datent que de trois ans maintenat. En 2003, année durant laquelle j'ai séjourné pusieurs mois à Lagos, Port Harcour et  Abuja .
Ce pays est "out of control" pas possible de circuler sans protection surtout a Lagos, Ikeja est un coup-gorges comme il n'en existe peu au monde. Les émeutes quotidiennes. la misère est indescriptible. la corruption un état de fait quotidien à peine cachée derrière une respectabilité achetée à coup de "petro dollards ou euros" selon le cas.
Ce pays est coupé du monde, 98 % de la population en état de pauvreté, 2% richissime.
j'en ai gardé une image qui me quittera jamais.
Comment peut on imaginer la moindre rigueur, la moindre transparence face à l'épizootie dans ce pays ? J'ai le souvenir de personnes dont la seule richesse était une paire de chaussure, une chemise et un short. pour le reste il n'était question que de survie.
"l'informel" n'est pas gérable. j'ai une pensée pour tous ceux qui vont y oeuvrer.

Febronio

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analyse de ZOUZOU sur l'EPIZOOTIE du NIGERIA
« Réponse #16 le: 16 février 2006 à 01:22:06 »
Merci Alan,

Je conçois que beaucoup de lecteurs européens (je vais arrêter de dire petits blancs) aient du mal à saisir le contexte Nigérian. Je le conçois d'autant plus facilement que moi aussi j'ai eu du mal en débarquant à Libreville. La visite des marchés est encore une chose touristique, celle des "matitis" (bidonvilles autour des capitales africaines) est encore plus édifiante. Et encore, je vous parle du Gabon que je connais bien, mais il ne faut pas oublier que l'Afrique est un continent, dans lequel chaque pays est différent. Le Gabon c'est la Suisse à coté de ce que je sais du Nigéria.
Mais je ne veux pas être tout à fait négatif, ce serait injuste envers les Africains, et ça ne ferait qu'augmenter les clichés occidentaux qui les poussent à dresser des barrières de barbelés autour de leurs frontières. Nulle part, je n'ai vu de gens animés d'autant de bon sens. Un bon sens pratique, que nous ne pouvons pas comprendre.

Pour prendre l'exemple de ces fameux poulets. Un européen de base va rarement acheter un poulet vivant. Pourquoi s'emmerder à tuer puis plumer un poulet alors qu'on va en trouver du tout prêt déjà roti ? En Afrique, le poulet vivant est largement préféré au poulet dont on ne sait pas de quoi il est mort et surtout depuis combien de temps. C'est entre autre pour cette raison que le fameux poulet congelé qui nous fait tant parler ici, est deux fois moins cher alors qu'il y a beaucoup plus de frais de production et de transport et à 80 % impropre à la consommation. Du poulet congelé propre à la consommation en Europe serait invendable au prix de revient. Pour le vendre il faut qu'il soit beaucoup moins cher que le poulet vivant que l'on peut ausculter avant d'acheter (et la ménagère africaine a l'oeil). Et s'il est si bon marché c'est qu'il y a un problème, non ? Mais voilà, quand on a pas d'argent, on a pas toujours le choix.

Febronio